Ce débat nous concerne

Lilas pxbLa ministre québécoise de la santé a ouvert une consultation publique sur un éventuel élargissement de l'aide médicale à mourir. Étant une personne retraitée et ayant dépassée les 75 ans, il est rare que le sujet ne soit pas abordé chez moi dans une journée.

Il est assez normal d'exprimer nos sentiments face à la maladie, l'invalidité ou le décès d'un proche, d'une connaissance. Mais, ce dont il est question maintenant, c'est d'une réflexion étendue et organisée qui se construit à partir de nos valeurs sur des arguments dont on peut débattre. Ce chantier difficile dans lequel on nous engage, fera appel aux valeurs qu'on se plaît à qualifier de québécoises. Si on peut les nommer ainsi, c'est qu'elles appartiennent au lieu et au temps où les Québécois vivent, et qu'elles sont profondément et durablement marquées par des évènements de nos vies personnelles et collectives.
Parmi les arguments à considérer, le premier qui me vient à l'esprit est la dignité de la personne. Quoi que je fasse, j'essaie de traiter les autres dignement et je souhaite moi-même être traité ainsi. Dans la consultation publique projetée, où l'on envisage d'élargir l'aide médicale à mourir aux personnes inaptes à la demander, selon les termes de la loi actuelle, je me demanderai donc comment agir dignement envers tout un chacun quand il ne sera plus apte à choisir une façon de mourir dignement.

S'il semble y avoir un pas énorme à franchir entre la loi actuelle qui permet à une personne malade de mettre un terme à ses souffrances et un élargissement aux personnes inaptes à en faire la demande, il faut établir clairement qu'une personne lucide, et en état de décider de ce qu'est une vie bonne pour elle, détient le même droit avant et après le moment où elle est apte à demander l'aide médicale à mourir et le moment où elle remplit la condition médicale pour la demander.

En parler aux proches, une considération importante. S'il est difficile pour une personne en santé de prévoir sa mort, ça l'est encore plus de l'envisager pour ses proches. Je peux être résolu, mais les autres ne me suivent pas nécessairement. C'est pourquoi on doit en parler à ses proches et à son médecin de famille. Pour une personne, respecter sa dignité, ça ne joue pas seulement dans un sens, c'est aussi prendre en compte l'opinion et les sentiments des personnes qui comptent pour elle.

Finalement, l'intelligence et la liberté humaines comportent des exigences parfois surprenantes. La médecine a étendu son pouvoir initial de guérir et préserver la vie au pouvoir de lui donner une qualité supérieure et de la prolonger par des médicaments ou diverses interventions et soins préventifs. L'effet a été de reporter la mort à plus tard. Mais tôt ou tard, une vie prolongée amène des maladies que la médecine n'a pas encore réussi à vaincre, dont les maladies affectant notre cerveau et notre capacité de décider de ce qui est bien pour nous. Finalement, la science ne nous enlève pas la responsabilité de choisir et décider ce qu'est une vie bonne autant pour moi que pour les autres.

Michel Bourgault

Crédit photo : Pixabay.com

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