Racistes, nous?

Cartes des Premières nations

Même s’il est difficile d’écrire sur le racisme actuellement au Québec, voici quelques pistes de réflexion. Je remercie ma famille et mes éducateurs pour une éducation ouverte

sur le monde et la variété des cultures, langues et croyances, car dès mon enfance j’ai voyagé dans tout le Québec et appris très tôt la langue de l’AUTRE : l’anglais. J’ai occasionnellement voyagé à l’étranger. Donc, je m’estime privilégié. Aujourd’hui j’apprécie les rencontres, quoique peu fréquentes, avec les gens d’autres origines. Quand l’occasion m’en est donnée, j’ai envie de connaître leur manière de vivre et de parler leur langue. C’est la même chose pour les Autochtones qui se disent eux-mêmes Premières Nations.

Dans les temps qui courent, il me répugne de parler de race et de racisme, car ces mots sont chargés de connotations négatives sur l’inégalité ou la supériorité des groupes humains basées sur la couleur de la peau. Et encore plus de racisme systémique, car ce dernier qualificatif a pris une couleur politique. Ces temps-ci, le Premier ministre Trudeau voudrait bien enfoncer l’expression dans la gorge du Premier ministre québécois. Et je comprends bien la réticence de ce dernier à l’adopter pour qualifier la discrimination, parfois violente, dont sont victimes les gens de couleur ou d’origine autre. Je veux bien reconnaître que beaucoup de Québécois, n’ayant pas eu le privilège de connaître des gens d’autres peuples ou groupes humains, puissent trainer des préjugés envers eux et craindre de les approcher et de leur faire une place. Mais de plus en plus nombreux par ailleurs sont mes concitoyens et concitoyennes à avoir adopté à divers degrés les attitudes inverses d’accueil, de curiosité et de solidarité.

C’est l’ignorance et la peur de l’autre qui entraînent la discrimination et le mépris. La considération et le respect envers les autres me semblent croître à mesure qu’on les connaît mieux. Les circonstances intolérables entourant la mort de la femme atikamekw Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette m’ont révolté parce que je ne me reconnaissais nullement dans les insultes et la rudesse de l’équipe soignante filmée en video. J’aurais déploré pareil mépris et absence de compassion envers n’importe quelle malade ou personne en détresse. Le fait qu’on se soit déchaîné sur une atikamekw n’a fait que révéler à tous l’ignorance et le mur qui caractérisent les relations entre un trop grand nombre de Québécois et les autochtones.

Enfin, je suis d’accord avec la demande* des chefs de la nation atikamekw au gouvernement québécois d’une formation pour les employés des services publics québécois, sur les cultures et les relations avec les autochtones. Tous doivent s’asseoir à une même table pour reconnaître l’ignorance et la discrimination envers les autochtones et prendre des mesures pour qu’ils jouissent d’un plein accès et d’une considération égale. De part et d’autre, Québécoises et Québécois et Autochtones doivent être conscients que les meilleures intentions côtoient des rapports de pouvoir et impliquent aussi les institutions politiques. J'ai illustré mon billet avec une carte des Premières Nations autochtones au Québec, pour montrer quel défi politique représente l'amélioration de nos relations avec les Autochtones.

Reconnaissons nos différends et nos différences et construisons une société où les mots égalité et solidarité sont plus que des slogans, mais un programme avec des objectifs précis, un plan d’action et des gestes concrets.

Michel Bourgault
7 octobre 2020

* Article du Devoir: Les chefs atikamekw font preuve d'un optimisme « prudent »

Portrait des nations autochtones du Québec  (Doc PDF 64pp. 6,75Mo)

Crédit image: Secrétariat des Affaires autochtones du Québec, 1994

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Commentaires

  • guibourg
    Réponse à Michel Roy sur «d'expliciter davantage tes propos lorsque tu dis que "les meilleures intentions côtoient des rapports de pouvoir et impliquent aussi les institutions politiques.»
    La Ministre Marguerite en est un bel exemple dans le domaine des Aînés. Le PM Legault lui a fait une place au cabinet des ministres. Elle a accepté la responsabilité et elle a probablement tenté de représenter les doléances des Ainés sur le résidences et les milieux de soins. Elle avait de bonnes intentions venant d'une bonne volonté, mais elle a dû se battre avec d'autres ministres qui avaient plus de pouvoir.
    Concernant les autochtones, «puisque nous ne sommes pas racistes», toi et moi voudrions bien que tous soient traités également dans les services publics. Je veux dire que les recommandations du Rapport Viens resteront des intentions sans suite si nous ne lisons pas le rapport et ne mettons pas de pression sur ceux qui ont du pouvoir.
    Michel Bourgault
  • Michel Roy
    • 2. Michel Roy Le 11/10/2020
    Bonjour Michel,
    Félicitation pour ton texte empreint d'empathie et de lucidité.
    Mais je voudrais te demander d'expliciter davantage tes propos lorsque tu dis que "les meilleures intentions côtoient des rapports de pouvoir et impliquent aussi les institutions politiques."
    Pour ma part, ces mots m'ont tout de suite fait penser à "La Paix des Braves" que notre premier ministre Bernard Landry a signé avec la communauté Cris du Québec au début des années 2000. Cette entente d'une durée de 50 ans prévoyait le versement de 3,5 milliards de dollars à la communauté autochtone et la prise en charge par la communauté crie de son développement social, économique et culturel (Le Devoir, Guylaine Boucher 8 juin 2002). Et les plus vieux comme moi se souviendront aussi de la Convention de la Baie James de 1975, une entente signée avec les autochtone, pour le développement de nos énergies hydroélectrique. Les québécois sont très reconnaissants envers les autochtones pour avoir consenti à signer ces ententes car elles ont contribué au développement économique du Québec d'aujourd'hui.
    C'est pourquoi lorsqu'on essai de nous dire que les Québécois sont des racistes ça me fait tiquer. Pensez à Montréal par exemple. Est-ce qu'un peuple raciste accepterais d’accueillir un nombre aussi important d'ethnies? Est-ce que dans cette villes les gens de couleur ne sont pas capable de se trouver de l'emploie? Y a-t-il des gens de couleur qui se font agresser par des québécois "de souche" quelque pas au Québec?
    Je crois que dans toutes les sociétés il y a des individus qui posent des gestes "inappropriés" et parfois très malheureux. Le cas de madame Joyce Echaquan en est un exemple mais on peut aussi se souvenir de l'attaque de la mosquée de Québec qui a fait plusieurs victimes.
    Je suis certain que la majorité des québécois ne se sont pas reconnus dans les images insupportables à l’hôpital de Joliette. De même, je suis convaincu que presque tous les québécois ont condamné l'attaque irréfléchie contre la communauté musulmane.
    Mais ces événements suffisent-ils pour accuser tout un peuple (environ 8 millions de québécois) de racisme?
    Je ne peux me résigner à y croire.
    En toute amitié,
    Michel R
  • Josée Desrosiers
    • 3. Josée Desrosiers Le 07/10/2020
    Bonjour Michel,

    Tes propos font preuve de jugement et de gros bon sens. Le racisme ou la discrimination ne devraient pas être des mots utilisés dans notre vie de tous les jours parce qu'ils sont vécus mais davantage parce qu'ils sont évités dans nos relations.

    Félicitations pour ton article :-)

    Josée :-)