Religion et pouvoir

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Le gouvernement veut légiférer sur le port de signes ostensibles d’appartenance religieuse par les représentants de l'État en position d'autorité. J’aimerais partager quelques considérations et une prise de position. Je pense que la population québécoise est relativement tolérante... 

...aux diverses confessions et appartenances religieuses, aussi longtemps qu’elles respectent les principes d’égalité des personnes et des différentes libertés autant individuelles que collectives. Je suis fier de vivre dans une société où l’on tâche de préserver le respect des différences et où l'on est encore capable d'en débattre, même si c'est difficle et malgré la liberté laissée à ceux qui manifestent de l'intolérance. Essayons donc d'aborder les débats avec ouverture à l'autre et avec la raison.

Il me semble évident qu’un signe religieux exprime, chez la personne qui le porte, une croyance qu’elle veut bien partager ou l’appartenance à un groupe qui veut propager ses idées et éventuellement accueillir des adhérents. Bien que de foi chrétienne, on ne m’a pas souvent vu portant une croix, mais je respecte le choix des autres en cette matière dans la mesure où l’on ne veut pas imposer sa croyance de quelque manière ou bien où l’on n’est pas dans une position pour l’imposer, et particulièrement dans des situations d’autorité coercitives ou morales. À mon humble avis, ça ne convient pas qu’un policier arbore une croix dans l’exercice de ses fonctions, pas plus que son appartenance à un parti politique ou une association de pêche.

Je reconnais aux parents le droit d’éduquer leurs enfants selon leurs idées, valeurs et croyances. Et je reconnais aussi aux parents le droit de déléguer ce rôle et de procurer à leurs enfants un milieu éducatif conséquent, mais respectueux des droits de la personne et des lois sur l’éducation communément reconnus dans notre société. Cependant, à mesure que se développe le libre arbitre de l’enfant, l’éducation devrait aussi développer le discernement personnel et faire place au choix d’adhérer personnellement et d’exprimer ou non ses idées et croyances.

Personnellement, je préfère que mes rapports aux autres soient marqués non par un signe ostensible d’appartenance, mais davantage par des paroles et des gestes de considération et de réciprocité. Je pense aussi que, si un signe religieux est nécessaire à l’identité d’une personne, il est raisonnable dans une société plurielle de limiter son utilisation dans des situations d’exercice d’autorité ou de pouvoir afin de préserver le respect et l’égalité de tous.

Croiser dans la rue ou un autre lieu public une personne qui porte un signe de son appartenance religieuse, politique ou autre, non seulement ne me pose pas de problème, mais au contraire piquera ma curiosité, pourrait bien me poser question, susciter mon admiration et occasionnellement l’envie de faire sa connaissance selon les circonstances. Par contre, je préfère qu’une personne reste discrète sur ses choix et parti-pris personnels quand elle est appelée à exercer vis-à-vis de moi une fonction de juge, de policier, ou autre officier de l’État. À mon sens l’enseignant ou l’enseignante entre dans cette catégorie de personnes, parce qu’elle exerce une autorité morale sur ses élèves. Et actuellement, pour la paix sociale il me semble judicieux d’adopter une ligne de neutralité pour les représentants de l’État en situation d'autorité et d’interdire le port de signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions.

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